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France et Iran : républiques atomiques
Posté le 12 mai 2009 Pas de commentaire
IRAN : république atomique partie 1
IRAN : république atomique partie 2
Commentaire : pionniers de l’atome, bombe A et nucléaire civile et militaire américain, coopération franco-iranienne en matière de nucléaire pour la fourniture d’uranium enrichi (Iran actionnaire d’Eurodif), conséquences de la révolution islamique et du renversement du Shah d’Iran, guerre Irak - Iran, prolifération nucléaire……
Un documentaire très instructif pour comprendre l’actualité!
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“L’Iran est trop indépendant et désobéissant”
mardi 12 mai 2009Ce n’est pas la peine d’introduire Noam Chomsky par une note. Il est sans conteste l’analyste et le conférencier en sociologie politique le plus important de la période contemporaine. Comme l’écrit le Guardian, « il fait partie des dix sources les plus citées dans le domaine des lettres aux côtés de Marx, de Shakespeare et de la Bible, et il est le seul parmi ces auteurs à être encore vivant ».Entretien avec Noam Chomsky
Par Kourosh Ziabari & Sacha SherAux Nations Unies, le président vénézuélien Hugo Chavez a évoqué Hegemony or Survival de Chomsky en ces termes : « J’aimerais inviter très respectueusement ceux d’entre vous qui n’ont pas lu ce livre de le faire ».
En 2006, en réponse à une question posée par un correspondant du New Statesman, Andrew Stephen, sur ce qu’il aurait fait s’il avait été président des États-Unis, Chomsky a proposé ceci : « Je mettrais sur pied un Tribunal contre les crimes de guerre à propos de mes propres crimes, parce que si je m’engage dans cette position [il me faudrait] m’occuper de la structure et de la culture institutionnelles, de la culture intellectuelle. La culture doit être guérie ».
Au cours de cet entretien avec le professeur Chomsky, nous avons parlé de l’Iran, de la question nucléaire, des relations entre Washington et Téhéran et de l’impact global des lobbys sionistes. Un extrait de cette conversation a d’abord été publiée dans le Tehran Times, le principal journal iranien en anglais.Q - Professeur Chomsky, vous avez réitéré à plusieurs reprises que la majorité des pays dans le monde soutenaient le dossier nucléaire iranien, y compris des membres du Mouvement des Non Alignés. Pourtant, les néo-cons américains claironnent toujours leurs slogans bellicistes. Pourquoi ?
R - Il n’y a pas que le mouvement non aligné. La majorité des Américains croient aussi que l’Iran a le droit de développer l’énergie nucléaire. Mais presque personne n’en est conscient aux États-Unis, y compris ceux qui sont sondés, et qui pensent sans doute être les seuls à avoir cette opinion. On ne publie jamais rien là-dessus. Ce qui apparaît, constamment, dans les médias, c’est que « la communauté internationale » demande à l’Iran d’arrêter d’enrichir de l’uranium. On ne souligne quasiment jamais que l’expression « communauté internationale » est classiquement utilisée pour désigner Washington et tous ceux qui en viennent à s’aligner avec elle, pas seulement sur cette question, mais d’une manière assez générale.
Q - La plupart des analyses en affaires internationales ne parviennent toujours pas à digérer le deux poids deux mesures du gouvernement US sur le nucléaire. Tout en soutenant l’arsenal nucléaire d’Israël, les États-Unis font continuellement pression sur l’Iran pour mettre un terme à ses programmes nucléaires civils. Quelles en sont les raisons ? Est-ce que l’AIEA a autorité pour enquêter sur les cas d’armement atomique d’Israël ?
R - A la base, il y a ce point expliqué de manière candide par Henry Kissinger lorsque le Washington Post lui demanda pourquoi il prétendait désormais que l’Iran n’avait pas besoin d’énergie nucléaire et devait donc être en train d’élaborer une bombe, alors que dans les années soixante-dix il insistait vigoureusement pour dire que l’Iran avait besoin d’énergie nucléaire et que les Etats-Unis devaient donner au Shah les moyens de la développer. Sa réponse était du pur Kissinger : « C’était un pays allié » donc ils avaient besoin d’énergie nucléaire. Maintenant que ce n’est plus un allié, ils n’ont donc plus besoin d’énergie nucléaire. Quant à Israël, c’est un allié, et plus précisément un état client. Donc ils héritent du maître le droit de faire comme bon leur semble.
L’AIEA a l’autorité qu’il faut, mais les États-Unis ne permettraient jamais qu’elle l’exerce. La nouvelle administration US n’a pas montré de signes qu’il en serait en quoi que ce soit autrement.
Q - Il y a quatre États souverains qui n’ont pas encore ratifié le TNP [traité de non-prolifération nucléaire] et qui aspirent librement à détenir des armes nucléaires. Est-ce que l’Iran échapperait aux pressions fréquentes s’il revenait sur cette ratification et se retirait du traité ?
R - Non, cela ne ferait qu’accentuer les pressions. A part la Corée du Nord, tous ces pays ont droit à un soutien considérable de la part des États-Unis. L’administration Reagan faisait semblant de ne pas savoir que son allié, le Pakistan, développait des armes nucléaires, afin que la dictature puisse recevoir une aide massive de la part des États-Unis. Ceux-ci ont donné leur accord pour aider l’Inde à développer ses installations nucléaires, et Israël est un cas spécial.
Q - Quels sont les facteurs qui peuvent empêcher que se tiennent des discussions directes entre l’Iran et les États-Unis ? Est-ce que l’influence du lobby israélien sur le régime capitaliste des États-Unis est un facteur essentiel ?
R - Le lobby israélien a une certaine influence, mais elle est limitée. Cela a été à nouveau démontré dans le cas de l’Iran l’été dernier, durant la campagne présidentielle, un moment où l’influence des lobbys en est à son paroxysme. Le Lobby israélien voulait que le Congrès vote une législation aboutissant pratiquement à un blocus de l’Iran, un acte de guerre. La mesure reçut énormément de soutiens avant de disparaître soudainement, probablement parce que la Maison Blanche avait clairement fait comprendre, simplement, qu’elle était contre.
Quant aux vrais facteurs, nous n’avons pas encore les archives internes qu’il faut, alors il nous faut spéculer. On sait bien qu’une proportion largement majoritaire d’Américains veut avoir des relations normales avec l’Iran, mais l’opinion publique influence rarement la politique. Les principales grandes compagnies US, dont les puissantes compagnies énergétiques, aimeraient être en mesure d’exploiter les ressources pétrolières de l’Iran. Mais l’État insiste pour qu’il en soit autrement. Je suppose que la principale raison en est que l’Iran est simplement trop indépendant et désobéissant. Les grandes puissances ne le tolèrent pas dans ce qu’elles jugent être leurs domaines [NdT : réservés], et les régions qui produisent beaucoup d’énergie pour le monde ont longtemps été considérées comme étant le domaine de l’alliance Anglo-américaine, avec une Grande Bretagne désormais réduite au niveau de partenaire subalterne.
Q - Est-ce qu’on verra, durant le mandat d’Obama, une transformation tactique ou systématique de l’approche des médias américains institués envers l’Iran ? Devra-t-on s’attendre à une interruption de l’immense propagande noire anti-iranienne ?
R - En général, les médias adhèrent de près à la structure générale de la politique de l’État, bien que ces politiques soient parfois critiquées au niveau tactique. Par conséquent, cela dépend beaucoup de la position que l’administration Obama va prendre.
Q - Et enfin, pensez-vous que le président US devrait suivre la proposition iranienne et demander pardon pour ses crimes passés contre l’Iran ?
R - Je pense que les puissants devraient toujours avouer leurs crimes et demander pardon aux victimes et, en fait, aller beaucoup plus loin en attribuant des réparations. Malheureusement, le monde est avant tout gouverné par la maxime de Thucydide : les forts font comme ils l’entendent, et les faibles souffrent comme il se doit. Lentement, au fil du temps, et d’un point de vue général, le monde devient plus civilisé. Mais il reste encore beaucoup de chemin à faire.
Source : foreignpolicyjournal.com
tlaxcala.es==================
Choix de société
Doit-on sortir du nucléaire ?
Par sur BASTA! (10 avril 2006)
La civilisation pétrolière touche à sa fin. La civilisation nucléaire la remplacera-t-elle ? En l’absence de tout débat public, l’Etat français s’apprête à renouveler le parc nucléaire et à enfouir ses déchets radioactifs. Il est temps que les citoyens s’emparent de cette question et décide, en conscience, de la conduite à tenir. Au nom des générations futures.

Cet article a été initialement publié dans l’hebdomadaire Témoignage Chrétien
Curieuse coïncidence. Alors que l’on s’apprête à commémorer les vingt ans de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, les Etats-Unis et la Russie proposent aux autres puissances industrielles un « partenariat mondial sur le nucléaire civil ». Les deux anciens adversaires de la guerre froide envisagent de vendre leur technologie nucléaire civile aux pays en développement. Objectif affiché : offrir une alternative au pétrole, permettre aux pays qui en dépendent de faire face à leurs besoins énergétiques en leur évitant de trop contribuer au réchauffement climatique, s’assurer qu’ils ne profitent pas de ce transfert de technologie nucléaire pour fabriquer l’arme atomique. Leur faisant échos, les huit ministres de l’énergie des pays du G8, réunis à Moscou mi-mars, ont appelé à un « vaste développement » du nucléaire civil dans « les pays qui le souhaitent ».
Comme le monde, la France se retrouve également à la croisée des chemins. Doit-on poursuivre l’expérience nucléaire et remplacer les réacteurs vieillissants par des réacteurs EPR (réacteur pressurisé européen) dont le premier est construit à Flamanville, dans la Manche, et contre lequel un grand rassemblement anti-nucléaire s’organise à Cherbourg, les 15 et 16 avril ? Doit-on prévoir de multiplier les sites de stockage des déchets radioactifs ? L’énergie nucléaire représente aujourd’hui les trois quarts de la production d’électricité hexagonale. Cinquante-neuf réacteurs tournent dans vingt centrales, sans oublier les usines de retraitement et les sites de stockage des matières radioactives. Pourtant, à aucun moment, un débat public sur l’option nucléaire n’a eu lieu. Jamais les citoyens n’ont été consultés pour peser les avantages et les inconvénients du nucléaire et décider en âme et conscience. Il est temps d’ouvrir le débat.
Le nucléaire contre le réchauffement climatique ?
Les centrales ne produisent quasiment pas de gaz carbonique. Elles ne contribuent donc pas au réchauffement climatique, contrairement aux centrales thermiques (charbon, gaz ou fioul). En remplaçant l’actuel parc nucléaire vieillissant par des réacteurs dits de 3ème génération, le fameux EPR, en développant les énergies renouvelables et en modérant la consommation d’électricité, les rejets actuels de CO2 pourraient être divisés, au mieux, par trois, assurent des chercheurs de la Société française d’énergie nucléaire (1). Pour atteindre le même résultat en cas d’abandon du nucléaire, le remplacement des réacteurs atomiques par des centrales au charbon devra s’accompagner, selon eux, d’une réduction drastique de la consommation d’énergie. « Si tous les pays de l’OCDE plus ceux de l’ex-Union soviétique avaient fait la même chose que la France en matière nucléaire, nous émettrions 30 % de gaz carbonique en moins, sans compter les rejets induits par le transport de charbon », insiste Hervé Nifenecker, ancien ingénieur du CEA, ancien syndicaliste de la CFDT et fondateur de l’association « Sauvons le climat ».
Face à ce raisonnement, les écologistes pointent du doigt la faiblesse du parc nucléaire mondial et son incapacité à répondre à l’enjeu climatique. « Le nucléaire représente aujourd’hui 6 % de la production énergétique mondiale. Ce n’est pas avec ça que l’on va sauver la planète. Les frontières nationales n’arrêtent pas plus le réchauffement que les nuages radioactifs », ironise Stéphane Lhomme, porte-parole du réseau Sortir du nucléaire. Inverser la tendance impliquerait de multiplier les centrales nucléaires. La Chine, par exemple, compte actuellement une dizaine de générateurs qui peinent à fournir 1,5 % de l’électricité. Pékin prévoit tripler leur nombre. Malgré cet effort, et vu la croissance de la consommation chinoise, l’électricité nucléaire restera marginale : environ 4% de la production. Selon les écologistes, l’argument de la lutte contre le réchauffement climatique est un leurre du marketing, pour eux, la solution passe évidemment par les énergies renouvelables. « Ce doit être la priorité, lance Hervé Nifenecker. L’énergie éolienne n’est pas loin de la compétitivité. Mais quand il n’y a pas de vent, comment fait-on ? L’éolien peut assurer 15 % de la production électrique, pas plus. Pour le complément, je préfère largement avoir à côté de chez moi une centrale nucléaire plutôt qu’une centrale au charbon. »
Que faire des déchets radioactifs ?
Si les centrales nucléaires n’émettent pas de CO2, elles ne sont pas « propres » pour autant. Officiellement, l’industrie nucléaire civile produit chaque année 60 000 tonnes de déchets radioactifs (soit un kilo par an et par habitant). Ces déchets sont divisés en quatre catégories. Les « déchets de haute activité et à vie longue » sont les combustibles usés provenant directement du réacteur, tel le plutonium, l’uranium ou l’iode, dont la très forte radioactivité se perpétue sur des dizaines de milliers, voire plusieurs millions, d’années. En 2010, le stock de ces déchets atteindra 2 500 m3, selon la Direction générale de l’énergie et des matières premières. Les « déchets de moyenne activité à vie longue » sont vingt fois plus nombreux. Ils sont constitués de matériaux utilisés dans les centrales et fortement irradiés. Ce sont ces deux catégories de déchets que l’on envisage d’enfouir dans un lieu de stockage géologique, à Bure (Meuse), sous plusieurs centaines de mètres d’argile.
Hervé Nifenecker assure que le stockage, dans des sites géologiques bien étudiés, ne comporte « a priori » qu’un risque « extrêmement faible ». « Le principal problème est lié à l’eau et à son rôle corrosif : les radioéléments pourraient être ramenés en surface et polluer les nappes phréatiques. Mais si on suppose que le système fonctionne normalement, le risque est minime car le plutonium est peu soluble dans l’eau et ne migre pratiquement pas. Contrairement à l’iode, soluble dans l’eau, qui a une durée de vie de quinze millions d’années. On estime qu’il sortira au bout de 500 000 à un million d’années, mais à dose minime par rapport à la radioactivité naturelle. » Reste que le choix de l’enfouissement sonne comme un acte de refoulement, d’oubli. Qui saura, dans plusieurs centaines d’années, qu’il a sous ses pieds une vaste poubelle nucléaire ? N’est-ce pas une trop lourde menace pour les générations futures ? « C’est un poids bien moins lourd que le CO2 envoyé dans l’atmosphère. Comparé aux problèmes que pose le gaz carbonique, il est incroyable de mettre ces déchets en balance », répond sans détour l’ingénieur à la retraite. N’y a-t-il pas d’autre choix que la peste ou le choléra ? Le CEA espère aussi pouvoir recycler une partie des combustibles usés, et même en réduire la radioactivité, grâce à la « transmutation ». En attendant la réalisation de ce grand rêve d’alchimiste (transformer l’uranium en plomb), ces déchets sont entreposés dans l’usine de retraitement de La Hague et dans l’usine d’extraction du plutonium de Marcoule (Gard) qui est en cours de démantèlement (jusqu’en 2040).
Le choix définitif de Bure sera arrêté d’ici 2015. Un « projet de loi sur les matières et déchets radioactifs » est actuellement en discussion au Parlement. Selon Greenpeace, le texte « ouvre la voie vers l’enfouissement, ignore les conclusions du débat public, tente d’imposer des orientations très contestées dans un processus de décision irréversible où toute ouverture démocratique est absente » et « confirme aussi le statut de poubelle nucléaire internationale de la France ». On comptera également en 2010 près d’un million de mètres cubes de « déchets de faible et moyenne activité à vie courte » - vêtements de protection, outils, matériaux et liquides utilisés dans centrales. Ils sont incinérés, enfermés dans des compartiments bétonnés et stockés en surface, à Soulaines et à Morvilliers (Aube), jusqu’à ce qu’ils perdent de leur dangerosité, d’ici trois cents ans… Enfin, les 110 000 m3 actuels de « déchets à très faible activité » devraient augmenter au rythme du démantèlement des installations nucléaires.
Le nucléaire peut-il être synonyme de sécurité ?
Les centrales françaises sont sûres. Jusqu’à preuve du contraire… Au niveau international, l’accident le plus grave après Tchernobyl, qui, selon les estimations, a fait entre 39 et 50 000 morts (2), a eu lieu au Japon en 1999, dans l’usine de traitement d’uranium de Tokaimura, suite à une erreur humaine entraînant une fusion incontrôlée : deux ouvriers ont été tués, un autre fortement irradié, un périmètre de 500 mètres autour de l’usine a été vidé de ses habitants. La France n’a pas connu d’accident jugé important depuis celui de Saint-Laurent-des-Eaux (Loir-et-Cher), en 1980 - un dysfonctionnement dans le circuit de refroidissement avait provoqué un emballement du réacteur. Le principal problème du parc nucléaire français est aujourd’hui son vieillissement. La première centrale de 2ème génération a été mise en service en 1977 à Fessenheim (Haut-Rhin). La durée de vie de ces centrales, liée au taux d’irradiation de la cuve de confinement qui contient le réacteur, a été allongée de trente à quarante ans. Ce vieillissement s’accompagne, depuis 2002, de restrictions budgétaires dans la gestion des centrales EDF et d’un recours de plus en plus important à des sous-traitants pour assurer la maintenance. « Ce sera bientôt les anti-nucléaires qui demanderont plus d’argent pour la sécurité des centrales. Un comble ! », commente Stéphane Lhomme.
Fin mars, les députés ont approuvé une loi sur la transparence et la sécurité nucléaire, renforçant l’information et les outils de contrôle des installations et instituant une autorité administrative. Un premier pas. « Il ne faudrait pas qu’en situation de concurrence, des gestionnaires privés fassent des révisions trop hâtives. La compatibilité entre concurrence et sécurité doit être garantie, martèle Hervé Nifenecker. Il faut créer des autorités de sûreté extrêmement strictes, pas seulement pour le nucléaire, mais également pour l’industrie chimique ou les barrages hydroélectriques. » Cela suffira-t-il pour faire face à la situation inédite du parc nucléaire français ? Le vieillissement des centrales, la privatisation partielle d’EDF soumise aux contraintes financières liées à la concurrence, le malaise des salariés du nucléaire face à l’évolution de leurs métiers (3), sont autant de facteurs aléatoires dans un domaine qui ne devrait en souffrir aucun. Un enchaînement d’événements imprévus, et c’est l’accident nucléaire.
Le nucléaire est-il rentable ?
« L’électricité produite en France est actuellement l’une des plus compétitives d’Europe », s’enorgueillit le CEA. Contrairement aux énergies fossiles, dont le prix dépend principalement de celui de la matière première, le coût du nucléaire est fixé en fonction des investissements pour construire une centrale, puis la démanteler. Le prix du combustible, l’uranium, a - pour l’instant - peu d’influence sur le coût final de l’électricité. Même en intégrant les dépenses de recherche, du démantèlement et de la gestion des déchets, la filière nucléaire resterait plus compétitive que le charbon et le gaz. Cette compétitivité est relative : le programme nucléaire civil français n’a été possible que grâce à de faramineuses aides publiques. 47 milliards d’euros de subventions ont, par exemple, été versés au CEA, de 1946 à 1992, rien que pour la recherche. « Le programme nucléaire en est le principal bénéficiaire, puisqu’il monopolise plus de 90 % de ces budgets de recherche, contre 1 % à 2 % pour les énergies renouvelables », indique le Réseau Sortir du nucléaire. A l’exception de la France, personne ne s’est précipitée sur l’énergie nucléaire. Les Etats-Unis, pourtant champions de la logique de rentabilité, n’ont pas construit de nouvelles centrales. Ils s’y intéressent à nouveau suite à l’augmentation des prix du baril de pétrole.
La grosse inconnue demeure le coût réel du démantèlement. Celui de l’usine de retraitement de Marcoule « a révélé des coûts exceptionnellement élevés » et celui des centrales de première génération « apparaît beaucoup plus coûteux que prévu », soulignait la Cour des comptes en janvier 2005. Démanteler les vingt réacteurs britanniques coûtera 80 milliards d’euros. Quant au démantèlement du site le plus important, celui de Sellafield, il prendra encore entre 85 et 134 ans… A l’échelle des 59 réacteurs français, l’addition se monterait à 232 milliards d’euros. « Ce sont des sommes inouïes ! Et cela deviendra des déchets nucléaires qu’il faudra ensuite gérer, commente Stéphane Lhomme. « Il faut ramener ce coût à la quantité d’électricité produite, et à son prix, relativise l’ancien ingénieur du CEA. En France, cela fait 4 milliards d’euros par réacteur. Ce dernier ayant une durée de vie d’environ 40 ans, nous aurons, au pire, une augmentation de 30 % du prix de l’électricité. De plus, les réacteurs britanniques sont constitués de graphite. La gestion de ces quantités énormes de graphite et de carbone 14 entraîne un surcoût. Pour les réacteurs français, à eau pressurisée, la dépense devrait être moindre. » Pour le démantèlement de ses centrales, EDF avait provisionné 23,5 milliards d’euros en 2003, selon la Cour des comptes, soit un peu plus de 10 % du montant nécessaire. « Ces réserves, il faut les gérer et ne pas s’apercevoir que la somme a disparu. Le mieux, c’est qu’elle soit confiée à un organisme public qui fasse fructifier cet argent sans risque », souhaite Hervé Nifenecker. Pour développer les énergies renouvelables ?
Le nucléaire, indispensable recours ou mortelle alternative ?
Le prix du baril de pétrole augmente, la consommation d’énergie progresse et le climat se réchauffe. Certains voient dans le nucléaire un recours pour répondre à la demande énergétique sans aggraver l’effet de serre. Ils font valoir un argument supplémentaire : les possibles progrès technologiques de la filière grâce la « surgénération » réalisable dans les réacteurs de 4ème génération qui seraient plus puissants, plus économes en combustible, et plus sûrs. Mais leur commercialisation ne sera économiquement viable que si le nucléaire civil se développe de manière exponentielle. « La 4ème génération, c’est Superphénix, une technologie que nous contrôlons. Mais aucun producteur d’électricité ne se lancera dans la surgénération sans être sûr d’en avoir besoin. Cela nécessite un développement du nucléaire, qui représente 6 % de la production énergétique mondiale aujourd’hui, de 20 % ou 30 % », prévient Hervé Nifenecker. « On nous dit que la 4ème génération va tout résoudre. Mais Superphénix a juste réussi à désintégrer dix milliards d’euros », rétorque Stéphane Lhomme.
En admettant que la technique soit au point, est-il bien raisonnable de créer les conditions économiques pour la surgénération ? La planète compte 440 réacteurs nucléaires. Il en faudrait donc plus de 2000, avec tous les risques sanitaires et la production de déchets radioactifs que cela comporte. Une véritable fuite en avant avec une bonne dose de radioactivité à la clé ! Sans oublier l’approvisionnement en uranium, une ressource non renouvelable, que la France importe à 100 % (ce qui relativise l’idée d’indépendance énergétique associée au nucléaire). Le recours au nucléaire relève d’un choix de civilisation. Un choix qui interroge nos modes de vie, le sens de l’activité économique et le prix à payer pour les conserver tels quels. « Il faudra remettre en cause notre mode de vie. Nous n‘y couperons pas », reconnaît l’ancien ingénieur du nucléaire. « S’il s’agit de consommer et de gaspiller autant, c’est perdu d’avance », ajoute le militant écologiste. Le pro et l’anti-nucléaire ont enfin trouvé un terrain d’entente.
Ivan du Roy
(1) Pierre Bacher, ancien chercheur du Commissariat à l’énérgie atomique (CEA) et directeur techniques d’EDF, et Claude Acket, ancien ingénieur et membre du collectif « Sauvons le climat » : « France : perspectives énergétiques pour 2050 ».
(2) Le rapport de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) publié en septembre 2005 reconnaît 39 morts. Les associations de « liquidateurs » - ouvriers, mineurs, soldats, ingénieurs - envoyés à Tchernobyl pour contenir la catastrophe puis nettoyer la radioactivité, en ont comptabilisés 50 000.
(3) Ce malaise est raconté par le journaliste Jean-Philippe Desbordes dans son livre Atomic Park (Actes Sud). Il se traduit notamment par des suicides en série dans le personnel des centrales nucléaires : 44 entre 1991 et 2000, selon les autorités médicales.



